La bouche de Callas

Hier je me suis couchée malade. Ce matin je me réveille malade. Constant bourdonnement. Coupée du monde. Ce soir je devais faire danser dans un bal avec mon violon. Je ne jouerai pas, je n’entends rien. Il me reste les yeux. Heureusement il me reste les yeux pour lire.

Visage charbonneux démodé. Grand traits. Large bouche de poisson des profondeurs des mer. Bouche démesurée faite pour la dévoration de la vie. Elle ne triche pas avec son visage. Elle est celle qui change le moins. Elle est de son temps. Cette magnifique laideur n’appartient qu’à elle et n’a jamais été à la mode comme celle de Marlène Dietrich ou de Bardot. Le secret de ce visage c’est qu’il doit être vu à la distance qui sépare l’orchestre de la scène. Derrière les feux éblouissants de la rampe aucune n’est aussi belle que cette laide: elle resplendit.

Marguerite Duras, Viva Callas, in Outside.

J’ai ouvert le livre au hasard et suis tombée sur ce texte… étrange, l’oeil me ramène à l’oreille, à la bouche de Callas, à la voix, son rouge à la vie.

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Poussière de rouge

Temps de chien aujourd’hui. Tout est gris, minéral.

Pas un vert tendre à l’horizon de mon oeil, aucune promesse de rouge. Il faut attendre encore, être patiente. Se convaincre que le rouge reviendra au jardin, sur les joues, aux pieds des femmes, au coeur des hommes, qu’il habillera les corps pour en faire des aimants que rien ne pourra détacher, amants à la force de Dieu.

En attendant, le rouge se fait volatile, poussière. Il infiltre l’air, dépose son voile. Il crayonne le sol du salon sous les pas de mes garçons. Le rouge aujourd’hui, je m’en passerais bien!

– les gars, enlevez-moi ces chaussures pleines de terre battue et à la douche!!

Dimitri le vaillant

De quelle couleur est votre peur? En face de moi se tiennent 10 enfants, le plus prompt à répondre est Dimitri, 12 ans:

– Rouge!!

Dimitri tient ses deux mains bien haut, les index pointés vers le plafond, il est grand pour son âge, immense même, son corps occupe l’espace mais sa voix est fluette et fêlée, elle sort constamment des rails, indomptée. Sur le papier blanc posé devant lui, Dimitri a écrit

J’ai peur du feu, du gaz, j’ai peur d’être orphelin, j’ai peur plus tard de l’alcool et du tabac.

Depuis que je le connais, je n’ai vu Dimitri qu’habillé de rouge. Ce matin, il ne déroge pas à la règle. Dimitri abrite un incendie. Il ajoute :

– Je n’ai pas peur du futur!

Vaillant Dimitri

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Mon amour, je n’ai de rouge que les yeux

Donne-moi un baiser, que j’en aie aussi sur les lèvres et sur les joues.

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La pièce de Philippe Dorin, Ils se marièrent et eurent beaucoup, au festival ça chauffe (Centre Jean Carmet) m’a ramenée l’espace d’un instant vers le rouge adolescent incandescent…

Je me souviens de mon premier baiser

déjà il appelait  le deuxième

Je me souviens de ta bouche framboise

fraiche et duveteuse

tendre et juteuse…

Et vous, votre premier baiser, vous en souvenez-vous?…