La bouche de Callas

Hier je me suis couchée malade. Ce matin je me réveille malade. Constant bourdonnement. Coupée du monde. Ce soir je devais faire danser dans un bal avec mon violon. Je ne jouerai pas, je n’entends rien. Il me reste les yeux. Heureusement il me reste les yeux pour lire.

Visage charbonneux démodé. Grand traits. Large bouche de poisson des profondeurs des mer. Bouche démesurée faite pour la dévoration de la vie. Elle ne triche pas avec son visage. Elle est celle qui change le moins. Elle est de son temps. Cette magnifique laideur n’appartient qu’à elle et n’a jamais été à la mode comme celle de Marlène Dietrich ou de Bardot. Le secret de ce visage c’est qu’il doit être vu à la distance qui sépare l’orchestre de la scène. Derrière les feux éblouissants de la rampe aucune n’est aussi belle que cette laide: elle resplendit.

Marguerite Duras, Viva Callas, in Outside.

J’ai ouvert le livre au hasard et suis tombée sur ce texte… étrange, l’oeil me ramène à l’oreille, à la bouche de Callas, à la voix, son rouge à la vie.

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