Sens subtils

J’ai vu aujourd’hui un rayon de rouge réchauffer les coeurs froids. J’ai vu des mains, des grandes mains d’hommes, sur la nuque des jeunes enfants, réconforter, encourager, guider. J’ai vu des regards attentifs, j’ai entendu l’écoute, j’ai perçu le tressaillement des âmes.

Derrière chaque note, il y avait l’amour.

D’un professeur pour son élève, d’un parent pour son enfant, d’être pour un autre.

Et j’ai aimé.

Et je me suis sentie aimée.

Où est-ce que j’étais?… Oh rien de très extraordinaire, à l’audition de musique de mon fils de 9 ans. Peu importe ce que l’on fait, si on le fait avec amour… Même si ce n’est que regarder et applaudir.

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TyPoEsie

Je me promenais cet après-midi dans la belle bibliothèque d’Angers. Sous le bras, un grand cabas de plage fait de toile et de tulle noir. Le vent passe au travers, le sable aussi l’été sur la plage. Mais les livres, quand je les y plonge, restent bien tranquilles jusqu’à ce que je les en sorte à nouveau, les ouvre, les caresse, les absorbe.

J’avance dans les rayonnages, direction poésie. Je laisse mon regard accrocher le nom des auteurs, le titre des recueils, je laisse mon doigt errer à la surface de la plage de papier et je sens mon coeur accélérer, la joie est là, furieuse. Je suis dans le grand vent de la découverte, je pêche, j’ouvre le filet, fais tomber les ouvrages comme autant de poissons frétillants. Le filet grossit quand soudain, je flaire LA prise : TyPOésie !!! Mon coeur bondit. Je cherchais cet ouvrage depuis plusieurs semaines. Au creux du ventre les papillons m’effleurent de leurs ailes. Je suis une petite fille qui s’apprête à manger le monde.

Dans mon filet ce soir, des mots, des phrases, des bouts de monde, l’univers.

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Rémi Peignot, Univers, 1960

Michel Leiris, Le roc dans l’urne dans le cercle vicieux dans le mur raviné dans la double ECHELLE, 1939

Jean Dupuy, Complémentaires, 1984

Rouler ma vie en roulotte

Et si je reprenais la route?

Et si le chemin était le but

plutôt que l’arrivée?

C’est dans le chemin que se trouve la vie

puisque la mort

on le sait

est à l’arrivée.

Alors qu’est-ce qui m’entrave encore?…

Allez zou! A toute allure!

L’unique chose stable c’est le mouvement, partout et toujours.

Jean Tinguely

 

Avec amour

Voici ce que notre fils, bientôt 15 ans, rentré de Rome ce week-end nous a rapporté

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Faut-il vraiment préciser que le carnet rouge est pour moi et les pâtes en forme de … pour son père?

Tribune ouverte

product_9782070147496_195x320On connaissait le petit livre rouge qu’on avait sous le bras

mais qui aurait pu deviner que le garde rouge disposait d’un gène

bien particulier sans doute

alors que – pour être garde et non moins rouge –

il est préférable de ne pas en avoir trop,

de gêne!

Catherine M.

 

Dans la peau d’un autre

A l’école des enfants, le carnaval se prépare. Samedi 28 mars, petits et grands, menés par une troupe de joyeux musiciens, défileront dans les rues du village. Le thème de notre carnaval? Le cirque!

– Que vas-tu porter?

– Rien, me répond mon plus jeune fils

– Tu ne veux pas te déguiser?

– Non

– Bon et si tu devais choisir un personnage, si tu devais te déguiser, qui aimerais-tu être?

– Je voudrais être moi si me déguiserais

Quelque fois, je me demande qui de nous deux est le plus sage?…

Moi, en tout cas, je mettrai mon nez et mon chapeau de clown et mes chaussures rouges bien sûr!!buffo-fw

Slam

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Ce soir, entre chien et loup, une lecture de Poison d’Avril au Théâtre du Champ de Bataille.

La nuit, sur l’île, dans mon village abandonné

Je regarde le ciel, tout en haut du clocher

Je rêve qu’une étoile me prenne dans ses bras

Et me chuchote à l’oreille: « Il était une fois… »

Poison d’Avril

Tous les matins

je vois la même femme. Nous nous croisons sans nous saluer, elle ne me voit pas. Elle est à pied, moi en voiture. Elle tranquille, moi souvent pressée. Les matins d’hiver elle revêt une veste rouge fatiguée. Les matins de printemps une veste plus légère. Rouge toujours. Les matins d’été? Je ne sais pas encore. Je la suis depuis l’automne dernier. Hormis ce rouge qu’elle porte tous les jours, elle tient invariablement à la main un seau en plastique, un petit seau que j’imagine acheté dans un supermarché il y a longtemps et que l’on aura gardé. Les objets ne se servent pas d’elle. Elle se sert d’eux. Elle sait faire durer.

Tous les matins, la femme achemine son seau d’un point à l’autre du village et ce faisant, elle emprunte le même chemin, vent, givre, pluie, soleil, le même chemin.

Dans ma journée, cette femme est ma constante.

A heure fixe, je me demande vers qui elle va et où elle va. A heure fixe, pendant quelques secondes, je lui invente une histoire, chaque jour un peu différente. Que contient le seau? Un jour il est pour l’oncle, le lendemain pour le fils. Peut-être sauve-t-elle un animal? A qui rend-elle visite? Peut-être fait-elle un pèlerinage, marche-t-elle à travers le temps, plutôt qu’à travers l’espace? Dans un coin de mon oeil, j’aperçois la main osseuse qui tient l’anse, je perçois le pas obtus, la tête baissée, la volonté tendue. Chaque matin, la femme recommence, comme si le trajet de la veille n’avait pas suffit…

Et tandis que je m’interroge sur sa vie, j’emprunte moi aussi la même route. Invariablement.

Nos vies sont des cartes, à la manière de celles de Fernand Deligny.