Lutter contre la chaleur

Hellman_USE

Lire

Creuser le texte comme  une taupe

s’enfouir

Photo livre d’art de Margery S. Hellmann, Seattle, 1996.

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Le souvenir, un rouge évanoui

IMG_0056Souvent je retourne sur les lieux qui n’existent plus. Il me suffit de m’extraire du présent. Ainsi je voyage dans le temps et dans l’espace. Allongée au soleil, je ferme les yeux et me laisse couler dans le bois dur. L’atelier m’apparaît toujours de la même façon, comme s’il n’existait qu’une seule porte pour y entrer.

J’entre toujours par le plafond. Je descends ensuite le long de l’imposante machine qui servait à débiter le bois. Je m’attarde un instant sur le plateau de fonte du monstre, la roue est immobile, silencieuse, l’air ne vibre pas. L’atelier est vide. Je m’accroupis. Sous la machine, un tas de sciure, une odeur délicate, douce et boisée, une odeur blonde, qui parfois fait éternuer. Ma main plonge, ça gratte, je creuse; au coeur du monticule, je le sais, ça caresse.

Mais pour trouver la caresse, il faut traverser le grand vacarme. La douceur de la sciure ne s’offre que dans le grand raffut du bois que l’on divise, que l’on découpe, que l’on débite. C’est le prix à payer.

Je ferme mes oreilles comme je le peux. J’enferme la douceur dans une bulle imperméable. Au creux de mes petites mains d’enfant, je recueille la farine blonde. Mes pas légers ne font aucun bruit dans ce tapage métallique. La porte du jardin est ouverte. Je passe devant les établis. Les gars sont au travail. Je sors, déverse la sciure dans un vieux plat, tire l’eau du puits, commence ma cuisine.

 

Au pied du banc, le long du mur de pierre

l’atelier de mon grand-père,

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je m’allonge et ferme les yeux.

J’entre toujours par le plafond.

Infidélité de vacances

exposition-neon-maison-rouge-1Quand je reviens après une longue absence, quand la maison s’est tenue longtemps dans le noir, jour et nuit abandonnée, il nous faut quelques instant, elle et moi, pour refaire connaissance.

Je ne la salue jamais avec les yeux – elle est encore trop sombre et peine à s’éveiller – jamais avec les mains non plus – pourquoi vouloir tout bousculer

Je m’arrête sur le seuil et avant de le franchir, j’ouvre grand les ailes de mon nez, inspire, quelque chose s’éveille.

Sa – lut!

Parfois je reconnais notre odeur dans les effluves de lessive presque évaporée ou de fleurs fanées. Parfois une odeur plus ancienne, tenace, une odeur d’avant nous, a profité de notre absence pour refaire surface.

La maison a pris des vacances elle aussi – avec ses anciens propriétaires. J’entre en terre étrangère. Tout ouvrir, changer d’air.

photo : Maison rouge

Le grand rouge

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Il était une fois un grand rouge qui surplombait une rangée de petits bruns. Au garde à vous, ils n’osaient rien dire, ni penser – bouger, vous n’y pensez pas. Le rouge donnait la mesure, rythmait la cadence.

Un jour une dissonance

Un petit brun venait de rendre l’âme. Il gisait là – table fendue. Les autres ouvrirent leurs ouïes, dérouillèrent leurs chevilles et décidèrent de se faire la belle.

Désormais les violons joueront.

Dans la galerie

IMG_2697Je me suis avancée

seule au milieu de toutes ces voix silencieuses

qui ne demandaient qu’à dialoguer

Un mot

c’est plein de mains qui

Cherchent à toucher

Guillevic,Terre à bonheur, 1952

Matin libre

IMG_279710h00 – Grand ciel bleu et grand soleil. Caresse. Je m’installe à la terrasse d’un café. A quelques rues de là, mon fils passe son oral d’histoire des arts. Premier examen.

J’attends.

J’avais oublié le bonheur d’un petit noir le matin en plein centre ville moi qui n’habite plus que la campagne. J’avais oublié le bruit des camions livraisons, l’odeur des effluves de cigarettes – les fumeurs poussent en terrasse, côté soleil eux-aussi – le bruit rocailleux des devantures qui se lèvent, la douceur d’une radio en sourdine, j’avais oublié les matins tranquilles de journées qui s’annoncent belles. Le temps passe vite à regarder, voir, sentir, respirer… Déjà mon téléphone sonne, il a fini son examen, je laisse s’en aller ces instants d’ouverture et de vacance…

Allons, le reste du jour n’attend pas!

« Grandes et petites choses. L’affaire du jour, qu’est-ce que c’est? »*

La belle affaire que l’affaire du jour!

Si j’avais tant à faire

Je ne me demanderais pas que faire?

Je ferais, un point c’est tout.

Mais je rêve

J’imagine

Je vis par anticipation

Et l’eau que voilà

Me porte

M’emporte

Mon âme est restée

Sur la grève

Tandis que je dérive

Rivée à la vie

Vidée de rêve

EveAdam

Dans…Ah!…La belle affaire!…

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* Le titre de l’article est emprunté à Tarjeï Vesaas, La barque le soir, Editions Corti, 2012

Loire

D’aussi loin que je m’en souvienne, tu as toujours été là. Attirante comme le danger.

Très tôt j’ai appris à me méfier de toi.

Même te caresser du bout des orteils n’était pas permis.

Nous tenions sur ta tête en épi, escaladions les barrages

Tout cela avec un air de défi

Ce qui nous reliait à toi?

Un fil

De pêche

Et la joie de ma grand-mère quand elle sortait une carpe ou un brochet de ton ventre.

Intense instant de vie

Intimement mêlé de mort

J’écris avec mes ombres

Mes jours et mes nuits

J’écris hier et aujourd’hui

Agrippé à la bosselle

le souvenir tangue un instant

Puis disparaît dans les sables mouvants

Tout coule et s’évapore

 

Photo : Un monde de papiers

Silence, ça pousse!

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Merci à la Fabrique Ephéméride pour cette photo rouge qui me met dans tous mes états.

Parlons, parlez!

Juste et bien

Pour éviter les tempêtes.

Et si à force de dire

rien ne pousse

alors poussez plus loin…

Trouvez l’oreille attentive

Soyez l’oreille attentive